Ce Blog rend compte des voyages effectués par Mary-Françoise et Jean depuis début 2007.
Nous n’avons fait halte à Camagüey que pour une question de transport.
Le voyage en bus Trinidad – Santiago nous paraissant vraiment trop long, douze heures, nous avons décidé de reprendre haleine à Camagüey afin de poursuivre, éventuellement par le train, puisqu’une ligne existe à partir de là.
Nous n’avions pas réservé de « casa », la ville étant moins célèbre et les hébergements nombreux. Les premières adresses sollicitées s’étant révélées occupées, on nous a expliqué que le lendemain, se célébrait la béatification d’un saint homme cubain, ce qui ne s’était pas produit depuis fort longtemps. En bons agnostiques, nous avons ironisé entre nous, en supposant que le pape actuel, soucieux de ramener à l’étable les brebis égarées du communisme, avait distribué quelques médailles promotionnelles.
Le régime castriste a eu une longue mésentente avec l’église, dont les lieux de cultes furent fermés. D’autant que le clergé avait fait cause commune avec Batista. Les cubains qui n’étaient déjà pas de fervents catholiques (surtout parait-il sur le plan des mœurs) se sont vite désintéressés de la religion. C’est vers les années 80 que les relations ont commencé à se normaliser pour aboutir à la visite de Fidel au Vatican en 96 et celle du pape à Cuba en 98.
Si on en juge par la modeste foule déplacée ce matin pour cette cérémonie, pourtant d’envergure nationale - 10 000 selon le clergé et 2 000 selon la police - l’affaire n’est pas gagnée.
Ce matin, nous nous sommes fait conduire, vers 10h, en bicyclette-taxi, sur le lieu de la cérémonie. Celle-ci commençait à 8 heures, mais en bons connaisseurs des usages religieux, nous étions certains de ne pas manquer le clou du programme. A notre arrivée les fidèles scandaient des chants qui nous ont semblé beaucoup plus proches de la salsa que de « plus près de toi mon dieu ». La chose nous a parue fort sympathique.
Le reste était d’ailleurs à l’avenant. La foule, nones comprises, portait des casquettes jaunes ou rouges à l’effigie du saint homme, qui était aussi présent sur les éventails.
On y distribuait la communion tous azimuts.
Lors de la procession finale, les évêques se photographiaient en riant et certains portaient chapeaux de paille ou casquette.
En somme une atmosphère gaie et « bon enfant », à laquelle la sainte église catholique apostolique et romaine, ne nous a guère habitué.
Alors que je me faufilais pour essayer de fixer l’ambiance sur mon capteur (on ne peut plus dire pellicule, puisqu’il n’y en a pas sur les appareils numériques – encore un cliché qui disparaît), un policier montrant mon appareil, sans doute impressionnant à ses yeux, m’a demandé : « prensa ? ». Avant d’avoir réfléchi, je me suis entendu répondre « si, prensa francese ». Il m’a fait signe de passer et j’ai rejoint sans hésitation mes 3 « collègues » bardés de téléobjectifs. Ils m’ont accepté comme l’un des leurs, sans protester et pendant toute la procession j’ai pu photographier à loisir les « binettes » les plus cocasses du haut clergé cubain.
Une occasion de vivre, pendant une demi-heure, ma vocation contrariée de photographe de presse.